Economie

Agences de notation, banques internationales : les dessous des tractations ardues entre la Tunisie et les bailleurs de fonds

Agences de notation, banques internationales : les dessous des tractations ardues entre la Tunisie et les bailleurs de fonds

Dans une note de recherche publiée la semaine dernière, JP Morgan explique que « les commentaires récents du président Saied ont augmenté les risques de retard, mais les signaux envoyés par le FMI indiquent que le programme est toujours sur la table ».

JP Morgan estime ainsi qu’un accord est toujours possible, mais les risques ont augmenté une fois de plus. « Si l’accord avec le FMI n’est pas conclu, la Tunisie devra faire face à des pressions externes encore plus fortes », alerte la banque d’investissement.

Le dossier tunisien progresse lentement mais sûrement

Lors des Spring meetings de la Banque mondiale et du FMI, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a précisé, le 15 avril 2023, que les discussions entre la Tunisie et le FMI sur le programme EFF de 1,9 milliard de dollars se poursuivent afin de rapprocher les points de vue. Elle a appelé les responsables tunisiens Tunisie à franchir la dernière étape pour pouvoir présenter le dossier au conseil d’administration du FMI. Kristalina Georgieva a assuré que le FMI ne veut que ce qui est dans l’intérêt de la Tunisie et non pas mettre en place un programme menaçant la stabilité du pays.

A l’instar de Kristalina Georgieva, JP Morgan reste optimiste quant à un accord possible entre la Tunisie et le FMI malgré les récents commentaires du président Saïed qui auraient semé le doute.

Besoins de financement de la Tunisie

La Tunisie a besoin de financement externe pour compenser ses déficits budgétaire et commercial. En 2023, le déficit budgétaire est prévu à 4,9% du PIB, avec un déficit du compte courant de 6% du PIB.

Les projections de la Banque mondiale montrent que le remboursement de la dette publique tunisienne s’élève à environ 3 milliards de dollars. Le remboursement le plus important est l’Eurobond de 500 millions d’euros prévu pour octobre 2023. Le reste des remboursements est dû aux organismes multilatéraux et bilatéraux.

La Tunisie doit faire face encore à un déficit de la balance des paiements de 2,3 milliards de dollars en 2023 si elle n’arrive pas à obtenir un programme du FMI cette année. Sans ce programme, le risque de rééchelonnement de la dette du pays augmentera considérablement”, estime JP Morgan.

JP Morgan reste « optimiste » quand même

En l’absence d’un programme du FMI, souligne la banque d’investissement américaine, les réserves de change de la Tunisie seraient davantage réduites, ce qui augmenterait les risques de rééchelonnement de la dette.

Bien que des financements supplémentaires en provenance de pays de l’Union Européenne puissent remplacer les financements manquants, le soutien du FMI reste crucial pour la stabilité de la Tunisie. Sans réformes tangibles pour réduire le déficit budgétaire, la durabilité à moyen terme de l’économie tunisienne serait en danger, affirme JP Morgan. Cependant, JP Morgan souligne que les obligations tunisiennes de 2023 restent attractives pour les investisseurs,” car les réserves pourraient être suffisantes pour combler le déficit en l’absence d’un accord avec le FMI”.

Alternatives multiples pour améliorer les conditions de négociation

Selon des observateurs, le rapport de JP Morgan s’inscrit dans le cadre de nombreuses pressions que subit la Tunisie de la part d’agences de notation et de pôles financiers internationaux pour conclure un accord de prêt avec le FMI. Cependant, certains experts suggèrent que la Tunisie pourrait envisager d’autres alternatives, telles que le financement bilatéral.

Le financement bilatéral est un type de prêt où un pays accorde un prêt à un autre pays. Contrairement aux prêts accordés par le FMI, qui sont généralement assortis de conditions strictes, le financement bilatéral peut offrir des conditions plus souples, permettant ainsi à la Tunisie de résoudre à court terme ses déficits jumeaux sans imposer des sacrifices importants à sa population.

Une alternative possible serait pour la Tunisie de chercher un financement bilatéral auprès de pays qui ont une relation économique étroite avec elle, comme l’Algérie, la Chine ou certains pays du golfe. Ces pays ont déjà annoncé leur volonté à offrir des prêts avantageux, ainsi que des programmes d’assistance technique pour aider la Tunisie à franchir l’actuelle conjoncture difficile.

En conclusion, la Tunisie a plusieurs alternatives possibles pour obtenir un financement à des conditions plus avantageuses que celles proposées par le FMI. Le financement bilatéral, la coopération économique régionale, les institutions financières régionales et les investissements étrangers directs sont autant de possibilités à explorer pour aider la Tunisie à résoudre ses problèmes économiques et à stimuler la croissance.

Toutefois, sortir du FMI n’est pas une tâche facile ni même voulue par les autorités tunisiennes mais amélioreraient les conditions de négociation pour la Tunisie afin d’obtenir à moindres couts les financements externes nécessaires.

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