Economie

Alerte sur la croissance au Canada : tensions commerciales avec les États-Unis en cause

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L’économie canadienne a montré des signes d’essoufflement en février 2025, après un début d’année encourageant. Selon les données provisoires publiées par Statistique Canada et relayées ce vendredi par Bloomberg, le produit intérieur brut (PIB) est resté inchangé en février, après une croissance robuste de 0,4 % en janvier, soit la plus forte progression mensuelle depuis avril 2024.

Malgré ce tassement, les prévisions pour le premier trimestre restent légèrement supérieures aux attentes. Si aucun gain n’est enregistré en mars, la croissance annuelle du PIB pour les trois premiers mois de l’année atteindrait 2,1 %, dépassant les prévisions de la Banque du Canada (2 %) ainsi que la médiane des économistes sondés par Bloomberg (1,6 %). Toutefois, ce rythme reste inférieur à celui du quatrième trimestre 2024, qui avait affiché une hausse de 2,6 %.

Des secteurs contrastés, une consommation en recul

Les performances sectorielles du mois de février reflètent une économie à deux vitesses. Le secteur manufacturier et les services financiers ont enregistré des hausses, tandis que l’immobilier, l’extraction pétrolière et gazière, ainsi que le commerce de détail, ont connu des reculs.

Parallèlement, la consommation des ménages s’est contractée pour le deuxième mois consécutif, selon les données préliminaires. En contraste, janvier avait bénéficié d’une forte dynamique avec une croissance de 1,1 % dans les secteurs productifs, soutenue notamment par l’industrie minière, le pétrole et le gaz, le secteur manufacturier et la distribution automobile, qui avait atteint son niveau le plus élevé depuis février 2020.

Menaces tarifaires et incertitude monétaire

L’horizon économique canadien est assombri par le risque d’une guerre commerciale avec les États-Unis. L’administration Trump prévoit l’entrée en vigueur, dès le 2 avril, de nouvelles taxes douanières dites « réciproques », suivies le 3 avril par l’imposition d’un tarif de 25 % sur les importations automobiles. Une telle mesure pourrait fortement fragiliser l’économie canadienne, étroitement liée à l’industrie automobile.

Pour l’heure, la Banque du Canada n’envisage pas de baisser ses taux d’intérêt lors de sa prochaine réunion du 16 avril. Le gouverneur Tiff Macklem a averti que l’inflation pourrait repartir à la hausse à cause des droits de douane, limitant ainsi la marge de manœuvre pour un assouplissement monétaire. « Le risque d’inflation lié à une guerre commerciale restreint notre capacité à stimuler la croissance », a-t-il déclaré la semaine dernière, précisant que la priorité restait de maintenir la stabilité des anticipations d’inflation.

Des analystes prudents face à l’avenir

Les économistes s’accordent à dire que la suite dépendra largement de la concrétisation ou non des nouvelles mesures américaines. Benjamin Reitzes, stratégiste en chef à la Banque de Montréal, estime que « le solide départ de l’année pourrait perdre toute signification si les droits de douane sont appliqués comme prévu ».

Andrew Grantham, économiste à la Banque Canadienne Impériale de Commerce (CIBC), a qualifié les bons chiffres de janvier de « données dépassées » à la lumière des tensions commerciales actuelles. Quant à Charles St-Arnaud, économiste en chef à Alberta Central, il anticipe un exercice délicat pour la Banque du Canada, qui devra équilibrer les effets déflationnistes potentiels des droits de douane avec les pressions inflationnistes liées à la hausse des coûts.

Un équilibre précaire à surveiller de près

Alors que l’économie canadienne fait face à des vents contraires, entre essoufflement de la croissance et résurgence de l’inflation, la politique monétaire reste en suspens.

Les semaines à venir seront décisives pour évaluer l’impact réel des tensions commerciales sur la trajectoire économique du pays.

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