Jusqu’ici le business entre l’Algérie et la France était très florissant en dépit des tensions diplomatiques extrêmes. Les données des Douanes françaises sur le commerce extérieur avec l’Algérie, relayées en septembre dernier par la Lettre économique de Business France (le service économique de l’ambassade de France en Algérie), évoquaient un rebond «spectaculaire» des exportations vers l’Algérie de produits agricoles français, principalement les céréales. Le volume est monté à +90,5% au premier semestre 2024 en comparaison avec 2023. La dynamique s’arrête net, pour le blé français…
Alger aurait éjecté le blé français d’un méga appel d’offres qu’il vient de lancer pour l’achat de 500 000 tonnes de céréales, a rapporte hier mercredi 9 octobre l’agence Reuters, reprenant des «sources commerciales». Les mêmes sources ont expliqué ce tour de vis de l’Algérie par la crise diplomatique paroxysmique avec la France. Ce serait le troisième étage de la fusée dans les mesures de rétorsion actées par le président Abdelmadjid Tebboune.
Dans son dernier entretien le chef de l’Etat a clairement dit que sa visite officielle à Paris, sans cesse repoussée depuis mai 2023, n’est plus à l’ordre du jour. Cette décision lourde de sens, au regard des liens historiques tourmentés entre les deux pays, a été précipitée par le basculement de la France en faveur du Maroc dans l’épineux dossier du Sahara occidental. Il est venu s’ajouter aux 5 contentieux que les deux pays n’ont toujours pas soldés…
Des avancées majeures étaient attendues à l’occasion du déplacement de Tebboune à Paris, ce voyage n’aura pas lieu. La première contre-attaque d’Alger a été le retrait en juillet dernier de son ambassadeur à Paris, un départ finalement définitif. La deuxième réplique d’Alger a été le refus de laisser entrer dans le pays les Algériens expulsés par la France, une décision que le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau prend très mal. Le troisième tir touche le blé français.
Ce dernier avait repris des couleurs sur le marché algérien, il n’en restera rien après l’exclusion de cet important appel d’offres. Reuters précise qu’Alger a émis le 8 octobre 2024 son dernier appel d’offres régulier sur l’acquisition de 500 000 tonnes de blé. Les approvisionnements du pays sont pilotés par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), et jusqu’ici le blé français était parmi les produits homologués que les fournisseurs étrangers pouvaient proposer. C’est terminé.
La même source dit que cette fois les acheteurs algériens ont posé comme condition aux éventuels fournisseurs non français de ne pas sélectionner le blé de l’Hexagone. Idem pour les entreprises françaises, elles n’ont pas été conviées à l’appel d’offres, ont confié au même média «six sources au fait du dossier».
Pour la filière céréalière française le coup est rude vu la place qu’elle occupait en Algérie, un des plus gros importateurs de blé au monde. L’an dernier l’Algérie a acheté 6,5 millions de tonnes de blé, d’après les données de l’établissement français des produits de l’agriculture et de la mer, FranceAgriMer, publiées en janvier dernier. Paris vient de perdre peut-être définitivement ce méga marché.
L’Algérie fait route vers son autosuffisance en céréales, notamment pour le blé dur, le maïs et l’orge vu que le sol et le climat du pays rendent impossible la percée du blé tendre. Lors de sa dernière campagne électorale Tebboune avait pris l’engagement de ne plus importer «un seul kilogramme de blé dur» à partir de 2026. Et les progrès spectaculaires de la culture du blé au Sahara donnent de bonnes raisons d’espérer…
En attendant le pays continue d’importer massivement. Le blé de la mer Noire, notamment le blé russe, devrait profiter grandement des déboires du blé français. La Russie est le premier exportateur mondial de blé, mais l’Algérie n’a rejoint la liste de ses clients que depuis quelques années. Avant ça c’est le blé français qui faisait la loi sur le marché algérien, surtout depuis que les deux pays avaient repris langue au sommet de l’exécutif. Le Maroc est passé par là.
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