“Clarification“, avait argué le président Emmanuel Macron pour justifier la tabula rasa de la dissolution du Parlement et les législatives anticipées dans la foulée. Le chef de l’Etat se plaignait de sa courte majorité – 250 élus tout de même – qui l’obligeait à faire la manche, une fois à gauche et une fois à droite, pour réformer poussivement le pays. C’est ce qui aurait poussé le président de la République (a confié son papa) à rebattre les cartes pour avoir une majorité plus confortable. Il s’est trompé lourdement et le sait depuis le soir du premier tour des législatives. La seule chose qu’il a réussi à clarifier c’est que les Français décidément ne sont toujours pas prêts à remettre les clés du pays à l’extrême droite. Comme en 2002 le Front républicain a tourné à pleine régime. Comme aux présidentielles de 2002, 2017 et 2022 les Le Pen ont chuté à une marche du pouvoir suprême. Mais…
La “magie”du Front républicain n’opérera pas la prochaine fois
Est-ce qu’il y aura un remake de la bérézina du Rassemblement national (RN) aux élections générales de 2027 ? Rien n’est moins sûr. La “magie” du barrage anti-extrême droite à elle seule ne peut pas être la panacée, elle ne pourra pas opérer éternellement si les réponses qu’attendent les Français ne viennent pas. Ce n’est pas avec cette digue qu’on arrêtera un parti qui vient, tout de même, de doubler presque son nombre de députés en à peine 2 ans (143 élus selon les résultats officiels). Aucune formation politique n’a signé un tel exploit.
Donc oui, le problème reste entier pour ceux qui criaient victoire sur les plateaux de télévision. Très certainement après l’euphorie consécutive à la déconvenue de Marine Le Pen et Jordan Bardella les esprits à gauche et au centre se sont réveillés ce lundi avec cette réalité amère : ils sont face à un pays ingouvernable en l’état. Au soir du second tour des législatives les forces politiques sont disparates avec 3 blocs qui émergent mais se neutralisent, avec aucune majorité claire, des blocs que tout sépare, sur le papier comme dans les postures.
Le RN n’aura aucune obligation, les “vainqueurs” par contre…
Comment piloter ce pays, avec qui, avec quelle majorité ? C’est la question qui trotte dans la tête du chef de l’Etat. D’une certaine façon cette situation fait les affaires du RN. De fait il n’était pas prêt à prendre les rênes, il n’avait aucune solution pratique et viable pour les grands défis économiques et sociaux, les reculades de Bardella sur la réforme des retraites le démontrent. Mais tout ça ne soigne pas pour autant les intérêts de l’exécutif en place…
Le RN ne se discréditera pas en expliquant aux Français qu’il est obligé de jeter l’éponge faute de majorité absolue ou claire, alors pourquoi pas revenir en 2027 quand les autres auront fait le plus dur. Macron sera obligé de sortir le pays du bourbier dans lequel il l’a mis. Le Pen et Bardella, qui n’ont plus rien à perdre, seront aux premières loges pour observer ce qui se fera ou ne se fera pas ; et ils n’auront qu’à se baisser en 2027 pour ramasser les fruits mûrs si les camps d’en face ne sont pas au rendez-vous sur les sujets phares.
La gauche a sauvé la mise à Macron, c’était la dernière cartouche
Majorité courte, relative ou pas, le gouvernement qui sortira de tout ce magma devra donner des résultats tangibles. Le peuple de gauche s’est mobilisé et a sauvé la mise au camp présidentiel avec un report de voix massif, l’inverse est moins vrai à cause de la diabolisation de la France insoumise (LFI) par la macronie…
Les électeurs de gauche ont oublié pour un instant la violence inouïe de la réforme des retraites imposée par le gouvernement, ils ont tu leur colère sourde après tous ces passages en force au Parlement – le bâton du 49,3 – et ont fait barrage au RN dans tous les duels qui l’opposaient au camp Macron. Ce dernier a mangé son tout pain blanc.
Mélenchon a été diabolisé, il ne pardonnera pas
Le discours très offensif du leader de la LFI, Jean-Luc Mélenchon, (il a été le tout premier à s’exprimer après les premiers résultats) en dit long sur la situation cauchemardesque de la France. Mélenchon a exigé que le chef de l’Etat donne à la gauche les clés de Matignon alors que le Nouveau Front Populaire (NFP) n’a qu’une courte avance (182 députés) sur Ensemble (168 sièges) et le RN. Mieux : la gauche insiste pour appliquer “son programme. Rien que son programme, mais tout son programme“…
Le patron du Parti socialiste, Olivier Faure, a dit peu ou prou la même chose, en écartant – comme Mélenchon – toute idée de compromis ou de coalition avec le camp présidentiel. Faure a agrémenté son discours avec trois exigences fortes, des chiffons rouges pour la macronie : La gauche insiste pour enterrer la réforme sur les retraites, augmenter sensiblement le salaire minimum et taxer les ultrariches. Des points programmatiques que le chef de l’Etat n’acceptera jamais.
Le soldat Attal déjà sur la route de 2027, sans le général Macron
Le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal a redit hier qu’il n’est pas question de gouverner avec l’extrême gauche – comprenez LFI – et l’extrême droite. Alors avec qui la macronie va gouverner en sachant que les Républicains – la droite – ont eux aussi dit qu’ils ne s’embarqueront pas dans le train présidentiel ?
Attal, après avoir réaffirmé que la dissolution leur a été imposée – ça en dit long sur sa rancoeur contre son parrain Macron – a décidé de tailler seul la route de 2027 en proposant dès hier ses services pour reprendre le flambeau. Les autres – Edouard Philippe, François Bayrou et compagnie – n’en disent pas autant mais n’en pensent pas moins. Le macronisme n’est peut-être pas mort mais il faudra bâtir autre chose sur ses vestiges…
D’ici là il faudra naviguer dans des eaux très troubles et la Constitution interdit formellement toute dissolution avant au moins un an. La deuxième économie de la zone euro est entrée dans un long tunnel et la presse étrangère l’a bien compris.
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