Economie

La finance islamique en Tunisie : Un secteur en quête de maturité

La finance islamique en Tunisie : Un secteur en quête de maturité

La finance islamique, un secteur bancaire conforme aux préceptes de la charia, a fait son apparition en Tunisie dans les années 1980.

Cependant, son développement a été lent et parsemé d’embuches. Aujourd’hui, bien que ce secteur présente un potentiel significatif pour l’économie tunisienne, il reste confronté à de nombreux obstacles qui freinent son expansion.

Historique et état des lieux

L’histoire de la finance islamique en Tunisie remonte à 1983, avec la création de la BEST Bank, une institution offshore. Cette première initiative, bien que novatrice, n’a pas bénéficié d’un cadre législatif adapté, ce qui a considérablement limité son impact. Il a fallu attendre 2009 pour voir l’émergence de la Banque Zitouna, la première banque islamique autorisée à opérer sur le territoire national. Néanmoins, cette dernière a dû se conformer aux réglementations des banques conventionnelles, faute d’un cadre juridique spécifique à la finance islamique.

Malgré ces débuts timides, le secteur de la finance islamique en Tunisie a réalisé des progrès notables au cours de la dernière décennie. Les institutions financières islamiques ont consolidé leur présence et élargi leur gamme de produits conformes à la charia.

Toutefois, leur part de marché reste marginale, représentant moins de 1% des dépôts bancaires à la fin de 2009. Par ailleurs, la situation a évolué et ces banques ont accaparé 7,9% du total des dépôts des banques tunisiennes et 6,9% du total des crédits du secteur bancaire, selon les derniers chiffres officiels.

Cette situation s’explique en partie par le manque de connaissance du public concernant les principes de la finance islamique. Une étude a révélé que près de deux tiers des Tunisiens ne comprennent pas clairement le fonctionnement de ces services financiers, ce qui constitue un frein majeur à leur adoption.

L’absence d’un cadre législatif adapté demeure l’un des principaux obstacles au développement de la finance islamique en Tunisie. Bien qu’une loi bancaire ait été adoptée en 2016, l’absence de textes d’application spécifiques entrave la création et le fonctionnement d’institutions financières islamiques. Cette lacune juridique crée une incertitude qui dissuade les investisseurs et limite l’innovation dans le secteur.

Avantages de la Finance islamique

La finance islamique présente en effet plusieurs avantages économiques pour la Tunisie, particulièrement dans le contexte post-2011 où le pays cherche des solutions pour stimuler sa croissance et relever des défis tels que le chômage élevé. Elle peut notamment jouer un rôle crucial dans la mobilisation de ressources financières actuellement sous-utilisées. De nombreux Tunisiens, par conviction religieuse, hésitent à utiliser les services bancaires conventionnels. La finance islamique offre une alternative qui pourrait encourager ces individus à investir leurs économies, favorisant ainsi une meilleure circulation des capitaux dans l’économie.

De plus, les modèles de financement participatif propres à la finance islamique, tels que la Moudharaba et la Moucharaka, sont particulièrement adaptés au soutien des petites et moyennes entreprises. Ces mécanismes, basés sur le partage des risques entre investisseurs et entrepreneurs, peuvent stimuler l’innovation et la création d’emplois, notamment pour les jeunes diplômés. Dans un pays où le chômage des jeunes est un défi majeur, le développement de la finance islamique pourrait ainsi contribuer à la réduction du chômage en soutenant l’entrepreneuriat local et régional.

Une réussite à condition…

Pour que la finance islamique puisse réaliser son plein potentiel en Tunisie, plusieurs mesures s’imposent. En premier lieu, il est crucial d’élaborer un cadre juridique complet et spécifique qui régisse les activités de ce secteur. Cette clarification légale permettrait de définir précisément les mécanismes et produits autorisés, offrant ainsi une plus grande sécurité aux institutions financières et à leurs clients.

Parallèlement, un effort considérable doit être entrepris pour sensibiliser et éduquer la population tunisienne aux principes et avantages de la finance islamique. Cette démarche est essentielle pour surmonter la méfiance et le manque d’information qui freinent actuellement l’adoption de ces services financiers. Des campagnes d’information et des programmes éducatifs pourraient contribuer à démystifier la finance islamique et à mettre en lumière ses bénéfices potentiels pour l’économie nationale.

Bien que la finance islamique en Tunisie ait connu un développement progressif depuis son introduction, elle reste un secteur en quête de maturité. Son potentiel de contribution à l’économie tunisienne est significatif, mais sa réussite dépendra de la mise en place d’un cadre juridique adéquat et d’efforts soutenus pour éduquer la population sur ses principes et avantages. Si ces défis sont relevés, la finance islamique pourrait devenir un levier important pour la croissance économique et le développement social de la Tunisie.

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