Aux dernières nouvelles le Maroc ne pourra pas tabler sur une croissance robuste en 2024. La raison ? La même qui plombe le PIB (produit intérieur brut) depuis des années : les mauvaises conditions climatiques, plus précisément la sécheresse et le stress hydrique. Pour un pays comme le Maroc, dont le secteur agricole pèse lourd dans l’économie nationale, c’est le pire boulet…
Le HCP avait averti en avril dernier
La BAD (Banque africaine de développement) a prédit un taux de croissance de 3,5% pour le royaume cette année, un chiffre corroboré par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), voire même 3,6% en 2024. La dernière fois que le HCP a pris le pouls de l’économie marocaine c’était en avril 2024, l’institution faisait alors état d’une croissance de 2,9% au premier trimestre, en dépit de “l’inflexion à la baisse de la valeur ajoutée agricole“. La même source prédisait que la “croissance hors agriculture se maintiendrait“, mais que “la poursuite du repli des activités agricoles ramènerait la croissance de l’économie marocaine à +2,7%, en rythme annuel“. Le rapport du Centre marocain de conjoncture (CMC) confirme la mauvaise nouvelle et peut-être même pire prochainement.
«La sévérité de la sécheresse et l’évolution assez contrastée des secteurs les plus dynamiques dans un environnement encore hésitant ne permettent pas d’envisager, en l’état actuel, un redressement significatif du cycle de croissance par rapport aux tendances passées», a dit le CMC dans sa dernière étude intitulée «Processus désinflationniste, à quand le desserrement de l’étau monétaire?».
D’après les économistes de l’organisme les projections pour la fin de cette année, sur la base des données du premier semestre et leur trajectoire probable au deuxième, vont toutes dans le sens d’un «ralentissement sensible» de la croissance économique en comparaison avec 2023. Au tassement annoncé des activités agricoles, avec le net recul (-43%) de la production céréalière, s’ajoutent d’autres facteurs qui impacteront la demande et donc la production, du fait des effets combinés de la majoration des coûts pour les entreprises et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, selon le CMC
Par ailleurs le rapport pointe les contrecoups de la progression du taux de chômage sur l’activité économique, un chômage dont le niveau est monté au premier trimestre à une moyenne nationale de 13,3% (17,5% en milieu urbain et 6,8% en milieu rural), souligne le document. «La forte détérioration de la situation de l’emploi qui ressort de ces données est révélatrice de l’ampleur du creux conjoncturel du moment et de la faible capacité des structures productives à faire face, en l’état actuel, à une demande sociale sans cesse croissante», lit-on.
Le royaume prêt à encaisser la thérapie de choc ?
Il y a des remèdes pour enrayer le mal. Les rédacteurs du rapport estiment qu’il faut réviser en urgence les principaux axes de la politique économique pour l’adapter à l’âpreté de la conjoncture. Il faut également faire le tri dans les priorités pour définir des objectifs à moyen terme et d’autres dans la durée. Le CMC rappelle que les autorités ont programmé pour les prochaines années d’immenses chantiers, notamment le développement d’infrastructures économiques et sociales «de grande envergure», à ajouter à la généralisation de la protection sociale et aux autres dépenses pour calmer la grogne populaire…
Ces projets, précise le document, nécessitent «des investissements de grande ampleur dont le financement ne peut être assuré de façon soutenable sur le long terme que par une dynamique de croissance régulière, plus intense et plus inclusive». Les auteurs saluent la tendance du rétablissement progressif des comptes publics depuis 2023 et la refonte de la stratégie actionnariale de l’État pour dégager des marges de manœuvre budgétaires en faveur d’«un engagement accru dans la dynamique économique à travers l’effort d’investissement public visant la mise en place de conditions plus propices à l’entreprise et à la prise de risque».
Autre point soulevé par le CMC, décisif : les conditions de financement «qui peuvent constituer un véritable handicap pour l’entreprise et pour lesquelles les orientations arrêtées en matière de politique monétaire peuvent jouer un rôle décisif». L’étude soutient qu’au regard de la dynamique désinflationniste enclenchée depuis le début de l’année, le desserrement de l’étau monétaire «qui se fait pressant» est susceptible de doper l’investissement et requinquer l’activité. Le gouvernement sait ce qui lui reste à faire…
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