Tunisie

Par Jawhar Chatty : Le 17 décembre de Camus

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Que reste-t-il du 17 décembre 2010? Beaucoup choses. Beaucoup de remords et un goût de l’inachevé. Beaucoup d’espoir aussi.

Il y a d’abord ce majestueux drapeau hissé pour l’occasion. Ce superbe étendard qui flotte haut juste planté sur la colline de Jbel Lahmar à équidistance entre le quartier toujours miséreux Ettadhamen et le quartier encore plus chic de Mutuelleville,  comme un pied du nez à l’économie sociale et inclusive…

Autre rictus de l’Histoire: le même drapeau a  été acheté du temps de Youssef Chahed et de Ghannouchi à…la Turquie.

Il n’est à cet égard plus éclairantes grandes œuvres que celles d’Albert Camus, en l’occurrence La Chute et La Peste.

La Chute de Camus explore le thème de la culpabilité : la thèse de ce roman philosophique tient en une phrase : nous sommes tous responsables de tout.

Si la Peste était concentrée sur l’action et sur les moyens de dépasser le sentiment d’absurde, la Chute quant à elle analyse le thème de l’inaction et ses conséquences. La Chute est en effet le récit d’une confession, d’un homme à un autre dans un bar d’Amsterdam, sous la forme d’un monologue. Jean-Baptiste Clamence, ancien avocat parisien, relate l’évènement qui a bouleversé sa vie. Avant cet évènement, Clamence se décrit comme un parfait égoïste, amoureux de lui-même. Jusqu’au soir où, rentrant chez lui, il passe sur un pont duquel il entend une jeune fille se jeter. Il ne lui porte pas secours. A partir de ce moment-là, la culpabilité gonfle au point de devenir une obsession. Cet évènement éclaire d’un jour nouveau l’ensemble de son existence, qu’il juge alors comme inutile et prétentieuse : il ne se supporte plus et vit emmuré dans le remords.

Au travers du personnage de Clamence, c’est l’humanité que dépeint Camus : égoïste, voire autiste, vivant dans le pur divertissement, l’homme moderne semble avoir perdu de vue les notions de justice et de responsabilité. L’injonction de Socrate « Une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue » pourrait être celle de Camus dans ce roman. Camus affirme qu’il faut se juger soi-même sans complaisance grâce à une mise à distance entre le moi et le je. Car seul le moi peut légitimement formuler un jugement lucide sur le je.

Cependant, le bilan philosophique de cette auto mise en examen (de l’homme par l’homme) est lourd : quelles que soient nos tentatives pour nous améliorer, nous juger, tout le monde est coupable, personne ne sera sauvé de sa conscience. En ceci, l’existentialisme de Camus est patent. Le nôtre aussi !

Jawhar Chatty

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Publié par
Tunisie Numérique