Dans un post publié sur Facebook, l’économiste Ridha Chkoundali a livré une analyse détaillée des facteurs ayant influencé le dernier classement de la Tunisie par l’agence Fitch Ratings, qui est passé de CCC négatif à CCC positif.
Bien que cette amélioration soit perçue comme un succès pour l’image financière du pays, Chkoundali souligne plusieurs défis économiques importants auxquels la Tunisie continue de faire face.
Principaux facteurs du classement
Selon Fitch, l’amélioration de la notation repose sur la capacité de la Tunisie à maintenir des réserves en devises stables malgré l’absence d’un programme avec le Fonds Monétaire International (FMI). Le pays a réussi à honorer ses engagements en matière de dette extérieure, notamment des obligations euro qui arrivent à échéance en 2025 et 2026. Le gouvernement a également reçu 2,8 milliards de dollars de financement en 2024, notamment de la part de partenaires bilatéraux.
Cependant, l’économiste met en garde contre la hausse des besoins de financement du pays, qui passeront de 9 % du PIB avant 2019 à 18 % en 2024. Ce besoin accru de liquidités est dû en grande partie à un déficit budgétaire persistant et à des échéances de dettes à long terme, tant internes qu’externes.
Réduction des dépenses publiques et risques pour les banques
Fitch prévoit que la Tunisie devra poursuivre une politique d’austérité pour réduire son déficit budgétaire, qui devrait passer de 7,1 % du PIB en 2023 à 4,7 % en 2026. Cela inclut une réduction des subventions et des salaires publics, bien que Chkoundali note que la réforme complète des subventions reste politiquement difficile à mettre en œuvre. Malgré cela, la facture des salaires devrait diminuer à 12,9 % du PIB d’ici 2026, contre 14,3 % en 2023.
En parallèle, Chkoundali avertit que le secteur bancaire pourrait être mis sous pression, en particulier les banques publiques, qui seraient appelées à financer les besoins croissants de l’État. Cette dépendance accrue des banques pour financer les dépenses publiques pourrait les exposer à des risques accrus.
Impact pour les citoyens tunisiens
Malgré l’amélioration du classement de la Tunisie, Ridha Chkoundali met l’accent sur les répercussions pour les citoyens tunisiens. Il souligne que l’amélioration des équilibres financiers – tels que la réduction du déficit commercial – a été obtenue au prix d’un ralentissement économique, avec des conséquences directes sur le chômage et le pouvoir d’achat. Les matières premières et les médicaments continuent de manquer sur le marché intérieur, ce qui freine la croissance et aggrave la situation sociale.
Chkoundali rappelle que le classement de Fitch s’adresse principalement aux créanciers internationaux, qui se concentrent sur la capacité de la Tunisie à rembourser ses dettes plutôt que sur l’amélioration des conditions de vie de la population. Le récent classement ne permet toujours pas à la Tunisie de sortir de la liste des pays à haut risque, classés “CCC”.
Ainsi, pour Ridha Chkoundali, bien que cette amélioration du classement soit présentée comme une réussite pour le gouvernement, elle ne résout pas les problèmes structurels de l’économie tunisienne. Selon lui, l’enjeu majeur reste la capacité du pays à relancer la croissance économique, à créer des emplois, et à stabiliser les prix, plutôt que de se concentrer uniquement sur le service de la dette.
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